LE DERNIER HÉROS – LA BANDE ANNONCE

Partagez l’information autour de vous : 

Une enquête policière dans l’univers des super-héros

Dans une ruelle de Londres, le corps étrangement mutilé d’Oméga est retrouvé. Le monde vient de perdre son super héros. 

Les inspecteurs Epping et Fox vont se lancer dans une enquête invraisemblable que les services secrets cherchent à étouffer. 

Leur quête de la vérité les conduira jusqu’à un orphelinat en Ukraine, un lieu sinistre et angoissant, chargé des horreurs du passé. 

Au-delà de son récit, l’auteur nous incite à nous poser la vraie question : qu’est-ce qu’un héros ?

 

Format papier : 14,50 €

Web
Hachette-logo-site

Chapitre 1

Il refusait d’y croire. Quand il reçut l’appel d’urgence sur sa radio, le cœur de l’inspecteur Ethan Epping s’arrêta. Une sueur froide remonta du bas de son dos jusqu’à sa gorge nouée par la nouvelle.

— Il est mort inspecteur. On vient de trouver le corps dans une ruelle voisine près de Neal’s Yard.

— Ne touchez à rien, on arrive.

Au volant de sa vieille Ford de fonction, l’homme ne bougeait plus. Les traits de son visage, durci par l’angoisse, lui donnaient un aspect sévère. Ses joues creuses, comme découpées à la hache, vibraient nerveusement. Comment était-ce possible ?  Une mauvaise blague ? Il y avait forcément une explication. Ethan Epping posa sur la banquette arrière les restes d’un fast-food commandé quelques minutes plus tôt et démarra le moteur.

— Qu’est-ce qu’il se passe ?

A côté de lui, Larry Fox avait arrêté de faire défiler des photos de sa fille sur son smartphone, observant son collègue d’un air étonné. L’homme semblait plus chétif que son ami, mais ses cheveux blonds en bataille le faisaient paraître plus grand. Toujours souriant, cette bonne humeur permanente avait dessiné sur sa peau blanche des rides ovales particulièrement visibles. A peine eut-il le temps de mettre sa ceinture de sécurité que le conducteur lança la sirène du véhicule. Le visage de Larry se mua en une sorte de déni anxieux quand Ethan lui apprit la nouvelle. Ses yeux s’accrochèrent à la photo de son enfant comme un aveugle à son chien.

Les ruelles défilaient au rythme des lumières des bâtiments, dont les lignes colorées traçaient des reflets sur les vitres de la voiture. La petite ouverture de la fenêtre laissait entrer l’air frais de janvier et propageait l’odeur du sandwich déposé à l’arrière. En temps normal, Ethan aurait cessé toute activité pour juste en savourer une bouchée. Mais pas cette fois.

Qui avait pu faire une chose pareille ? Depuis combien de temps était-il mort ? Dans quel état se trouvait le corps ? Les médecins ont sûrement fait une erreur, il est peut-être juste dans le coma.

L’inspecteur Epping cherchait dans sa tête des réponses. Ses mains moites glissaient sur le volant patiné par l’usure de sa berline, alors que son regard se perdait dans l’encre du ciel, fuyant la réalité. A côté, Larry Fox fixait son smartphone sans bouger le moindre cil. La sirène résonnait à travers les rues comme un sonar dans un aquarium. L’homme au volant n’était pas du genre à rouler vite mais la situation l’obligeait à faire quelques entorses à ses habitudes. Bientôt, toutes les chaînes de télévision du monde propageraient la nouvelle. Bientôt, le monde ne serait plus le même.

Ils prirent la première à gauche, les pneus dérapant sur le bitume, puis s’engouffrèrent dans une longue avenue encombrée par la foule sortant des restaurants. La brume des cigarettes planait sur les verres de vin que caressaient les lèvres des badauds. Le compteur de vitesse affichait cent dix kilomètres heure. Une vitesse pareille était bien risquée au milieu de toutes ces voitures, Ethan le savait. Le temps pressait. Les passants affichaient de drôles de rictus en apercevant la frénésie du véhicule. La photographie de la fille de Larry Fox, Lily, n’avait jamais autant gesticulé, accrochée au rétroviseur à côté d’un parfum en forme de sapin. Une question stupide lui traversa l’esprit : « Comment allait-elle réagir quand il lui apprendrait sa mort ? Elle, si sensible, sera effondrée ».  Il détestait l’idée de voir sa fille pleurer.

Ethan Epping esquiva quelques automobilistes à l’arrêt, grilla un feu rouge et poursuivit sa route sous le son strident de la sirène. Au loin, les lumières des ambulances et des voitures de police brillaient comme des feux d’artifice.

Il s’arrêta deux cents mètres avant la scène de crime, sa vieille Ford garée en biais sur un trottoir, juste devant une boutique de chaussures. Laissant sa porte ouverte, il entreprit une course effrénée, zigzaguant entre les quelques photographes déjà sur place, les passants attroupés et les collègues de la brigade. Larry Fox, à l’arrière, tentait de le suivre avec difficulté. Les lumières rouges de Covent Garden se réfléchissaient sur les vitres teintées des ambulances. A Neal’s Yard, les immeubles d’accoutumé si colorés semblaient avoir perdu de leur superbe. La foule ameutée autour de l’entrée du quartier était maintenue à l’écart par les forces de l’ordre. Des enfants demandaient à leurs parents ce qui se passait. Certaines personnes commentaient les « on-dit » qu’ils avaient pu entendre ici et là. Des têtes surgissaient des fenêtres des immeubles comme des champignons sous les arbres. Déjà, le bruit commençait à courir. Il était mort.

— Vous ne pouvez pas… Ah c’est vous ! Allez-y ! dit un jeune policier au visage fatigué, creusant un étroit passage à Fox et Epping pour qu’ils puissent se faufiler à l’intérieur de la petite place de Neal’s Yard.

Le lieu n’avait jamais vu défiler autant de policiers et de médecins que ce soir-là. Tout ce petit monde gravitait autour du corps, bougeant et gesticulant dans un ballet parfaitement coordonné. Il se trouvait là, légèrement à l’écart de la foule. Autour de lui, une armée d’uniformes et blouses blanches l’observait, le triturait, essayant d’en extraire le plus d’informations possible. Le choc fut terrible pour l’inspecteur Epping. Un tel symbole, capable de tant de prouesses, gisait tel un sac de viande, au milieu d’un cul-de-sac utilisé habituellement pour stocker les poubelles et autres déchets. Accolée à la ruelle, la devanture brillante d’un restaurant coréen clignotait tel un gyrophare.

Devant le corps, quelques médecins s’affairaient aux prélèvements d’échantillons. La lumière jaune des spots installés aux quatre coins de l’impasse agressait les rétines des deux inspecteurs. Le commissaire Hussey s’était mis en retrait pour interroger une jeune femme asiatique. Il portait toujours ce fameux imperméable gris si ringard, moqué de nombreuses fois par la brigade. On ne pouvait passer à côté de son odeur d’eau de Cologne bon marché qui ne manquait jamais d’irriter les bronches de ses collègues. Son crâne chauve aurait pu refléter les lumières vives des projecteurs s’il n’y apposait pas une perruque châtain clair. Sa petite moustache parfaitement taillée se contractait au rythme de ses sourcils. Au poste, tout le monde s’accordait à dire que le commissaire était un homme trop sérieux. Parfois grave, même. Mais Ethan Epping n’avait jamais vu sur son visage un air aussi inquiet.

Il s’approcha lentement du corps. Larry Fox resta en retrait afin d’aider à interroger les passants. La victime était allongée, les jambes et les bras positionnés comme si on les avait jetés comme une paire d’osselets, ses yeux grands ouverts en direction des étoiles. Un léger filet rougeâtre sortait du côté droit de sa bouche, mais son corps ne présentait aucune trace de lutte. Sa célèbre tenue rouge, jadis si resplendissante, était parsemée de taches de saleté. Étrangement, voir l’état de ce costume provoqua une profonde tristesse à l’inspecteur Epping.

— Alors c’est vrai…, lança Ethan à son chef tout en s’agenouillant devant le cadavre.

— Oui…, souffla le commissaire entre ses lèvres.

— Je ne comprends pas. Vous avez quelque chose ? Un témoin ? Un indice ?

— On n’a rien. À part cette jeune femme, dit-il en désignant la serveuse du restaurant coréen. C’est elle qui a découvert le corps. Elle sortait les poubelles quand elle est tombée sur lui. Elle a immédiatement appelé les secours.

Le front du commissaire dégoulinait de sueur comme s’il venait de courir un marathon, malgré la température très basse qui régnait à Londres depuis des mois. Il l’épongea d’un revers de la manche, menaçant d’en décrocher sa perruque.

Ethan se retourna vers la jeune serveuse que deux agents de police avaient fait asseoir sur l’un des bancs de Neal’s Yard. Elle était recroquevillée sur elle-même, les lèvres tremblantes, essayant tant bien que mal de se mouvoir afin d’aider les agents à récolter le plus d’informations possible. Larry Fox lui avait apporté l’un de ces thés au jasmin infects à la chaleur réconfortante.

— On est bien sûr que c’est lui ? reprit l’inspecteur Epping.

— Les prélèvements ADN nous le confirmerons, mais oui, il n’y a pas de doutes Ethan.

L’intonation du commissaire était devenue si grave que l’inspecteur eut, pendant quelques secondes, l’impression que des larmes allaient couler de ses yeux.

— Pas de traces de blessures. Le sang séché sur ses lèvres est peut-être dû à une hémorragie interne…, murmura l’inspecteur à lui-même.

Il se détourna de son supérieur un instant pour chercher à nouveau autour du corps, espérant trouver ce que personne n’aurait vu. Mais le commissaire avait raison : il n’y avait rien. Rien que ce corps sans vie, portant son illustre tenue cramoisie, se mariant parfaitement avec les couleurs chatoyantes des immeubles. Larry Fox, qui les avait rejoint, décortiquait de ses mains gantées la victime.

— Les journalistes sont au courant ? reprit Larry qui continuait de toucher le corps, cherchant une marque, un coup, une blessure.

— Pas encore, mais ça ne va pas tarder. Dans quelques heures, le monde entier saura. On s’est empressé de prévenir le gouvernement. Ils doivent prendre certaines mesures, tu comprends.

Ethan acquiesça.

Tout cet attroupement semblait se tenir devant le cadavre comme devant la tombe d’un saint. Certains pleuraient, d’autres refusaient d’y croire. Les policiers sur place avaient pris grand soin d’écarter les civils de la scène, mais certains journalistes insistants se targuaient déjà des quelques informations sur la nature de la victime. Parmi tous ces gens, Ethan distingua un bref instant le visage d’une petite fille dévastée par la nouvelle.

— Qu’allons-nous faire Jeryl ? demanda Ethan en relevant la tête vers son supérieur.

— Comment ça ? On va emporter le corps et essayer de trouver des infos avec l’autopsie. Je te mets sur le coup.

Ces quelques mots semblaient redonner de la force au commissaire dont la moustache se mit à frissonner. Larry Fox, dont le visage paraissait de plus en plus affecté par la nouvelle, resta muet, impuissant devant le spectacle macabre qui se jouait devant lui. Au loin, une meute de journalistes exigeait à grands cris qu’on les laisse passer.

— Et si on trouve le coupable, que ferons-nous de lui ? interrogea alors Larry.

— Comment ça ? s’étonna son chef.

— S’il a pu le tuer, personne ne peut l’arrêter.

Cette affirmation sembla raisonner dans tout Neal’s Yard.

Petit à petit, alors que la nuit se faisait plus noire que jamais, les gens commencèrent à quitter les lieux du crime. Une fois le corps emporté en ambulance, la foule se dispersa, redonnant à cette nuit son calme initial. Quelques heures plus tard, il ne restait plus que deux agents chargés de maintenir la sécurité du lieu. L’information qui avait été étouffée tant bien que mal commença à se propager comme une traînée de poudre. Ce fut d’abord sur un site internet. Le blog d’une personne présente ce soir-là qui avait réussi à prendre une photo compromettante. Un cliché maladroit, sombre. Un bout de tissu rouge suffisant pour affoler l’imagination collective. Puis une chaîne de télévision nationale relaya l’information, puis une autre ; et encore une autre. En quelques heures, tous les médias du monde n’avaient plus qu’une actualité :

« Oméga est mort ! »

Pour connaître la suite…

© Pierre Vergeat, 2018