Structure d’un roman : ma méthode post-it board

Faire un plan ou écrire au feeling ?

S’il y a bien une question qui hante les écrivains en herbe comme les plus expérimentés, c’est bien celle-ci. Elle nous hante car elle n’a pas de bonne réponse. Chacun doit trouver la voie qui lui semble la plus adaptée à sa propre vision de l’écriture. Certaines personnes, paniquées à l’idée de se lancer à l’aveugle dans un récit, voudront prévoir chaque plan, chaque scène, chaque personnage. D’autres, au contraire, préféreront se laisser surprendre par leur propre roman. Enfin, les gens à moitié carré, à moitié freestyle, trouveront le juste milieu entre un plan détaillé et une improvisation totale. Je fais parti de cette troisième catégorie. L’idée de cet article n’est pas d’offrir une méthode “clé en main” mais de donner quelques pistes de réflexion et idées qui serviront peut-être à de futurs écrivains. Je précise également que cette méthode a été utilisé dans le cadre de l’écriture de mon premier roman ; elle sera donc amenée à évoluer.

L’idée de base de votre roman

Ici, pas de méthode, pas de solution toute faites, seule l’inspiration fonctionne. Cette étincelle, qui peut donner un grand livre, est incontrôlable. J’étais au cinéma quand j’ai eu l’idée de mon roman. Devant l’excellent film Memories of murder, j’ai commencé à divaguer. Un bref instant, mon esprit s’est égaré sur le chemin d’un mini-scénario, une bref pensée. En quelques minutes, j’ai posé les bases de ce que serait mon histoire. Je ne vais pas m’attarder sur cette partie, pour la seule raison qu’elle ne correspond à aucune norme. L’idée de votre roman peut surgir de nulle part. Elle peut apparaître en entier au bout de quelques minutes, ou prendre des années à mûrir. Cette magie de l’imagination, je veux lui laisser tout son mystère et toute sa surprise.

Mon ami le post-it

J’avais mon idée globale, quelques personnages, peut-être même une scène ou deux marquantes : super, je pouvais passer à la suite ! Je ne voulais pas m’enfermer dans l’élaboration d’un plan beaucoup trop détaillé qui aurait bridé ma créativité. La raison est simple : je pense qu’un roman ne peut se figer aussi vite. Vous allez passer des mois et des mois à écrire, réécrire, jeter, recommencer, réécrire à nouveau ce roman. Il va évoluer, progresser, s’améliorer avec vous. Alors pourquoi lui définir un plan trop stricte dès le départ qui ne bougera pas ensuite ? J’aime trop l’inattendu pour ça. Il n’était donc pas question de définir chaque millimètre de mon roman, mais de lui offrir une route sur laquelle évoluer. Une route assez solide pour être suivi, et assez souple pour être quitté, le temps d’un petit sentier créatif.

C’est donc dans cet optique que je me suis mis à coller des post-it sur un mur blanc : chaque petit bout de papier correspondait à un événement clé du récit. Au bout d’un moment, j’ai décelé un problème : je n’avais pas une vision globale par personnage. “Ok le héros affronte son adversaire, mais que font les autres personnages ?”.

J’ai tout jeté, puis j’ai recommencé.

Pour éviter toute erreur de scénario, j’ai placé verticalement le prénom de tous mes personnages. Un post-it par personnage qui me servirait de frise chronologique où se déroulerait les principaux événements clés. Je pouvais alors avoir une vue d’ensemble de toutes les sous-intrigues que je voulais mettre en place. Les post-its devaient être assez précis pour créer une structure cohérente, mais suffisamment évasif pour me laisser une marge créative. Un exemple :

“Wayland s’introduit dans l’appartement d’Ethan et lui révèle son secret”.

“Ethan interroge Mido”.

Le résultat :

Mon magnifique mur à post-it

J’ai laissé affiché pendant plusieurs semaines ces post-its dans mon appartement. Hormis l’extraordinaire atout décoratif, cela m’a permis de prendre du recul sur mon récit et de le rendre très flexible. Un moment me semble incohérent ? Ok, le post-it termine à la poubelle et j’en met un autre. Un pan entier de l’histoire ne me plait pas ? Ok, on jète et on recommence. J’aurai pu faire la même chose avec un outil en ligne, mais le contact du papier, le fait de les afficher sur mon mur, rendait le tout palpable. Je me sentais actif dans mon histoire, plongé dedans. J’avais une liberté d’expression que je ne pouvais retrouvé assis devant mon écran. Je pouvais tourner autour, me perdre à mimer certaines scènes, déchirer, recoller, comme un sculpteur ou un peintre. Malgré tous les extraordinaires avantages du numérique, je pense que l’écrivain a besoin du contact avec la matière pour rendre plus tangibles ses histoires.

Cardboard

Une fois la structure globale validée, j’ai tout posé sur un outil de cardboard en ligne. J’ai personnellement utilisé Carboardit, mais Trello et autres feront tout aussi bien l’affaire (voir mieux). Un exemple du rendu :

Comme vous le voyez, tous mes personnages furent posés verticalement, et chaque ligne correspondait aux différents événements qui les concernaient dans l’histoire. Ainsi, j’ai pu éviter le games-of-thrones-saison-7-putain-vous-faites-quoi-avec-les-distances-c’est-n’importe-quoi syndrome : je savais exactement où en étaient mes personnages, géographiquement et dans l’histoire. J’ai ensuite découpé le récit en différents actes, reprenant pour se faire la méthode de Christophe Vogler “Hero’s Journey” que j’ai retravaillé à ma sauce.

Après un petit travail d’épuration, je me suis retrouvé avec 1 ligne horizontale = 1 chapitre. J’avais ma structure globale, je savais d’où venait chacun de mes personnages et où ils allaient finir à la fin de chaque chapitre. Pour autant, je pouvais laisser libre court à l’improvisation, n’hésitant pas à remanier certains éléments entiers de l’histoire, sans pour autant toucher à ce “squelette”. C’est ainsi que, mois après mois, en suivant ce cadre flexible, j’ai pu terminer l’écriture du premier jet de mon roman.

Cette méthode peut également s’appliquer aux évolutions internes de chaque personnage. Ce principe de Cardboard prendra alors la forme d’un journal intime, où chaque post-it représenterait une évolution de tel ou tel personnage. Je conseille d’ailleurs, en plus du Cardboard scénaristique de votre roman, de faire l’exercice du Cardboard psychologique des personnages, cela ne fera que donner davantage de profondeur à votre intrigue.

Conclusion

Comme je l’ai dit en introduction, j’ai utilisé cette méthode pour mon premier roman parce qu’elle correspondait à mes besoins et mes envies. Je ne voulais pas m’enfermer dans un plan trop détaillé, mais la peur d’écrire en roue libre me pétrifiait. Je me suis donc bricolé cette approche en post-it car je la trouvais à la fois rassurante de par sa structure, mais aussi très flexible de par son relatif flou. La méthode ne conviendra pas à tout le monde, et je ne peux que vous conseiller de trouver la votre ; mais si la partager avec vous peut faire mûrir vos idées ou chasser vos doutes, j’en serai très heureux.

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